Le reste de la journée fut longue et insipide. Alix ne pensa qu'à cette voix, elle se repassait le souvenir de ces quelques mots jusqu'à user ses neurones mémoires. Ses collègues la trouvèrent particulièrement absente à son bureau ce jour-là alors même que la cacophonie de son clavier couvrait les vrombissements de la machine à café.

Le soir venu, face aux éléments : mer, sable et vent ; elle prit la décision, sans doute irréalisable, de retrouver cette voix unique parmi les milliers qui peuplaient la ville. Mais surtout, ce qu'elle désirait plus encore, c'était retrouver cet état magique dans lequel elle avait plongé quelques heures plus tôt au moment où cette vibration sonore magique était parvenue jusqu'à ses oreilles.

Les jours passèrent mais la voix ne fit pas de nouvelle apparition à la boulangerie. C'était un client exceptionnel ; pour une voix exceptionnelle, pensa-t-elle. Peut-être était-il seulement de passage et avait quitté la ville depuis longtemps, emportant avec lui tout espoir d'entendre une fois de plus sa voix caramélisante.

Alix ne savait pas vraiment comment agir... Elle se parla à elle-même, toujours face aux éléments, à son habitude nocturne : "comment retrouver le propriétaire de cette voix ?... Autant chercher une aiguille dans une botte de foin... pour ça il suffit de lettre le feu au foin et passer un aimant parmi les cendres." Il ne lui restait plus qu'à trouver le feu et l'aimant à voix.

Annuaire en main Alix passa alors toutes ses pauses méridiennes à appeler chaque numéro de la ville. Travail de fourmi, méticuleux et chronophage. Elle rayait une cinquantaine de noms de sa liste chaque midi. Quand elle avait de la chance elle tombait sur le répondeur, sinon elle devait parler aux gens et surtout les faire parler pour tenter de débusquer la voix tant recherchée.

En 2 mois elle avait téléphoné à environ 10% des numéros attribués à des hommes dans la ville. Alix était toujours aussi motivée et pleine d'énergie, mais le souvenir exacte de la voix qu'elle cherchait commençait à se noyer parmi les milliers de voix qu'elle avait entendues depuis. La peur s'empara d'elle, se fut un électrochoc : elle sut exactement quoi faire.

Elle débarqua comme un 6 juin dans la boulangerie. La patronne n'eut pas le temps de réagir qu'Alix passait déjà derrière la vitrine et déclara trois choses : "vidéosurveillance-24 mai 7h56-et 2 pains au chocolat j'ai faim". Visage figée de la boulangère, comme un bug dans la matrice du monde. "S'il vous plaît".

Le machine à penser de la patronne redémarra lentement. Elle commença par servir les 2 pains au chocolat et encaisser l'argent (déformation professionnelle) puis elle installa Alix devant un ordinateur. Elle fit défiler les images aussi vite qu'elle engloutit les 2 pâtisseries. Lorsque le 24 juin 7h56 s'afficha elle put enfin donner un visage à la voix qui la hantait depuis des semaines.

Maintenant qu'Alix avait une image elle allait pouvoir retrouver l'inconnu à la voix de velours : logiciel de reconnaissance faciale, banque de donnée de photos de profils en ligne, puissance de calcul des serveurs de son entreprise et après 24h elle obtint sa réponse.

Il était 18h42 lorsqu'elle sonna chez Adrien. Elle était dans un tel état d'impatience qu'un médecin passant par-là aurait sûrement juré qu'elle frôlait la crise d'épilepsie. Il ouvrit la porte après quelques secondes, qui passèrent pour une éternité dans l'esprit d'Alix. Bonjour, dit-il. C'était bien la voix.

(A suivre ici)
(Relire la partie 1)